Carnac
 
Si vous êtes déjà passé par la Bretagne, vous aurez sans doute visité un de ces étranges champs de monolithes, les imposants menhirs. On vient d'en mettre au jour un ensemble encore inconnu, enfoui qu'ils étaient sous la terre des champs cultivés depuis des millénaires. Songez: on y a trouvé la trace d’araires médiévales: j'entends d'ici blasphémer en patois un très ancien Celte tandis que son précieux outil racle péniblement l'inébranlable roche.
 
Pourquoi cette découverte me réjouit-elle au point que je ne résiste pas à en parler ici? Je pense au monolithe de Kubrick, dans 2001, l'odyssée de l'espace. Dans l'épaisseur de cette pierre rayonnait obscurément tout le mystère du temps à venir. Eh bien, dans ceux de Carnac repose celui du temps passé de l'humanité. Car nous ignorons tout de ceux qui les ont rassemblés et dressés au prix d'efforts qu'on imagine immenses. Tout, sauf que quand notre ère a commencé, il y avait déjà deux mille années que leurs champs monumentaux avaient été composés.
 
Voilà pourquoi nous voyageons: pour élargir notre espace intérieur et approfondir notre sens de la durée. Car c'est bien nous, n'est-ce pas, qui avons élevé ces témoins durables de notre bref passage; et nous savons bien pourquoi leur silence nous émeut comme un cri dans la nuit. Ω
 
Les plaisirs du sens
1er juillet 2006
 
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