Ma fille est la femme de ma vie. Je sais bien, c’est un peu con, un peu inconvenant de dire ça de sa fille. Mais vous ne savez pas combien absolument je l’aime, et l’importance centrale qu’elle a prise dans ma vie. Ni que cet amour, je le lui porte en tant que personne. Ni que cette importance, elle l’a prise par la qualité de sa présence.
 
Nous avons tous un parti-pris fondamental que certains appellent «valeur», et qui nous sert à nous repérer dans un monde ambigu. Mon seul parti-pris conscient—j’en ai sûrement d’autres, qui ne le sont pas—c’est de préférer la vérité, toujours, à toute autre séduction. Geneviève, et mon coeur fond à cette pensée, est quelqu’un de vrai.
 
Je crains fort que cet immense compliment, venant de moi, paraisse bien pauvre à d’autres yeux. Mais de tous ceux que je connais qui ont eu cette chance incroyable de tirer l’existence à la loterie de l’univers, Gennie est la seule à n’avoir jamais regardé à l’emballage, à la marque de fabrique, à la cote «tendance», aux intentions des donateurs; la seule à s’être concentrée avec ouverture, générosité, naturel et bon sens à en faire le meilleur usage possible. Sans frimer, sans se cacher, sans fuir dans la romance ou la fumisterie.
 
Je l’ai connue enfant, et mon dieu le plaisir que j’ai eu de la voir s’épanouir. Je craignais les enfants: elle a tellement bien accepté et compris cette paternité réticente et immature que je lui offrais, qu’il me semble avoir autant qu’elle grandi pendant ces années d’apprentissage.
 
Je l’ai vue, jeune fille, apprendre à «être près en restant libre», sensible, oh combien, et pourtant forte, et pourtant résiliente; farouchement attachée à son autonomie, et pourtant si attentive à ne pas nous blesser de ses ruades. Je voyais ça, Gennie, et à vrai dire, je n’en revenais pas. Ça me touchera toujours, ce paradoxe, que tu aies toujours pris soin de nous. Et je sentais la même sollicitude discrète dans tes amitiés longues et fidèles.
 
Rien pour me surprendre à te voir continuer à pratiquer ce suprême art de vivre au travail, dans ton couple et avec tes enfants; mais je sais bien que de rester à la hauteur du meilleur de soi-même dans notre vie d’adulte est bien plus exigeant, plus fatigant aussi, et que tu le ressens. Je sais que tu es devenue consciente d’être désormais au coeur des choses et de toi-même, que tu te vois telle qu’en nous-même enfin la trentaine nous change. J’espère que tu te vois un peu comme je te vois.
 
Tu es quelqu’un de bien. Et tu es belle.
 
Prends bon soin de toi. Une de tes talents a toujours été de prendre de la distance quand ton équilibre et ton bonheur de vivre étaient menacés. Penser à soi n’est guère glorifié, sinon dans les revues pour célibataires; mais c’est le garant le plus fondamental de notre capacité à assumer auprès des autres les rôles bénéfiques que la vie nous attribue. Céline soigne sa voix: soigne ton coeur.
 
 
 
Son nom: Geneviève
 
Son âge: 33 ans
 
Son métier: ingénieure
 
Sa grande réussite: ses enfants
 
Sa principale richesse: l’amour qui l’entoure
 
Son projet: passer la journée.
 
 
 
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